FRONT ROUGE n°158 -29 mai 1975- hebdomadaire
organe central du
Parti Communiste Révolutionnaire (m.l.)
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INTERVIEW DE JEAN FRANÇOIS VITTE,

secrétaire national de l'Union Communiste de la Jeunesse
Révolutionnaire
 
FR. : Camarade, tu as été élu lors du congrès constitutif de l'Union Communiste de la Jeunesse Révolutionnaire, Secrétaire National de cette organisation. Peux-tu nous expliquer ce que signifie la création de l'UCJR ?

JFV : La création de notre organisation marque bien sûr l'avancée du Parti marxiste léniniste qui se donne ainsi les moyens d'apporter une réponse correcte aux questions que posent les larges masses de la jeunesse.
    Elle représente également la possibilité à terme, pour la marche vers le socialisme, d'une union plus étroite du mouvement révolutionnaire de la jeunesse avec celui du prolétariat. Jusqu'à présent en effet, la politique de division entretenue par la bourgeoisie et les révisionnistes, a en partie réussi à empêcher qu'ils ne se rejoignent de façon durable et sur des bases claires. Aujourd'hui, les choses commencent à changer, dans la mesure où l'expérience même des jeunes les amène à souhaiter plus vivement ce rapprochement avec les masses.

FR. : Quels sont les facteurs favorables à un tel rapprochement ?

JFV : La situation de crise politique de l'impérialisme français se répercute dans la jeunesse d'une façon extrêmement claire Elle se marque notamment par la recherche spontanée, parfois maladroite, mais chaque fois plus claire, d'une alternative révolutionnaire face aux tentatives de la bourgeoisie et des révisionnistes pour canaliser la révolte des jeunes vers les impasses anarchisantes ou purement électoralistes. De ce point de vue, la lutte entre la voie de la coexistence avec la bourgeoisie, et celle du combat révolutionnaire est facilitée par les échecs répétés de toutes les forces de confusion et de compromis, par le dégoût qu'inspire aux jeunes la perversion trotskiste notamment.
    Ce qui favorise dans la jeunesse une telle situation, c'est évidemment l'évolution, dans un sens favorable à la révolution, des contradictions entre les masses et le révisionnisme. Les jeunes suivent avec attention le développement des luttes ouvrières, l'évolution de la situation dans le monde. La ligne marxiste-léniniste apparaît ainsi comme la seule qui soit capable de rendre compte de l'ensemble de ces phénomènes.

FR. : Plus précisément quels sont les principes qui guident le travail de l'UCJR ?

JFV : Ils sont ceux qu'a approuvé notre congrès selon l'indication du camarade Max Cluzot : " apprendre, créer, organiser ".
    Apprendre, cela veut dire à la fois étudier le marxisme-léninisme qui est le produit théorisé de l'expérience du mouvement révolutionnaire de la classe ouvrière et étudier la situation de la lutte des classes en France et dans le monde. Mais cela veut dire surtout apprendre à écouter les masses, construire entre les jeunes et leur organisation communiste des liens d'un type différent, balayer le sectarisme. Comme nous le disons dans notre programme, " les jeunes communistes ne sont pas des donneurs de leçon ". Ils construisent leur point de vue à partir de l'expérience des masses. De nombreux points de ligne sont encore obscurs pour nous : cela nous impose de savoir mener une enquête patiente, un débat soutenu parmi les jeunes, pour pouvoir avancer nos idées avec certitude. Les jeunes en ont assez de ces gens, qui, pour avoir réponse à tout, disent n'importe quoi, n'importe quand ".

FR. : et créer ?

JFV : D'immenses perspectives s'ouvrent à nous dans tous les domaines et nous avons encore peu d'expérience. Beaucoup de choses ont été faites avant nous. Ce qu'il faut, c'est s'appuyer sur leurs aspects positifs, révolutionnaires, afin de les généraliser, de les porter à un stade supérieur radicalement nouveau. C'est le cas de la lutte contre l'école, l'armée etc... D'autres domaines sont encore en friche : celui des loisirs communistes, de la résolution des contradictions au sein de la famille, pour ne citer que ces deux là. Il nous faudra donc là inventer, créer des formes nouvelles de lutte, à partir de l'énergie des jeunes.
Ce qui est en cause ici, c'est la construction d'une force large, capable, par l'image qu'elle offre de son propre fonctionnement et par les propositions qu'elle fait, de susciter l'adhésion massive de la jeunesse.

    Notre but n'est pas de faire rentrer les jeunes dans une organisation figée, immuable : pour nous, développer nos forces et élever la qualité de notre travail ne peuvent être envisagés séparément.

Enfin, il faut organiser :

    Nous voulons organiser les jeunes, parce que leur mouvement spontané lui-même a exprimé l'exigence d'une force qui sache tracer la voie, au-delà des situations particulières et des jugements partiels, qui puisse tirer d'une année sur l'autre les leçons de l'expérience et de la pratique, qui soit capable de hâter la jonction avec les masses.

    Nous voulons organiser les jeunes pour qu'ils fassent dans la pratique l'expérience de la nécessité de la voie révolutionnaire, de l'idéologie révolutionnaire, pour que leur apprentissage de la lutte politique s'effectue dans les meilleures conditions.

    Sans une force d'avant-garde, consciente, disciplinée, structurée dans la jeunesse, aucun succès n'est possible, les mêmes erreurs se répéteront, les mêmes échecs seront subis.

FR. : Quel sera le travail de l'UCJR dans les prochains mois ?

JFV : Nous avons 3 objectifs importants, correspondant à 3 campagnes.

+ Les comités de lutte contre le chômage : Au sein desquels il s'agit d'organiser massivement les jeunes, et notamment les élèves de CET qui vont sortir de l'école, à la fois parce que cela correspond à leurs intérêts et leurs besoins, et parce que cela leur permet dans le cadre de l'unité populaire, de participer aux côtés des ouvriers à la bataille contre le capitalisme.
+ Le stage de loisirs communistes en août : Nous voulons à l'occasion réunir des centaines de participants pour affirmer notre volonté réaliser l'unité révolutionnaire de la jeunesse, pour procéder à des échanges d'expérience, et développer le contact avec les masses et les peuples en lutte.
    Dans ce cadre là, nous verrons comment intensifier la lutte contre le chômage, et l'articuler à la lutte de septembre contre l'école de Haby.
+ Le quotidien communiste : Pour nous, le quotidien sera une arme irremplaçable. Elle fournira aux jeunes de régions différentes les informations sur le combat que nous menons. Elle sera un moyen de faire connaître concrètement la lutte des masses à la jeunesse et de briser par là même les ghettos dans lesquels la bourgeoisie prétend l'enfermer.
Ce quotidien communiste sera le complément indispensable pour répondre à l'actualité, de notre magazine mensuel " Au service du peuple " dont le N°1 est en préparation.


LA PREPARATION DES ASSISES SUR LES ACCIDENTS DU TRAVAIL ET LES MALADIES PROFESSIONNELLES : deux médecins témoignent...

    Nous publions l'interview de jeunes médecins du travail soutenant l'initiative des Assises.

- Martine : J'ai préparé le certificat de médecin du travail pour mieux comprendre les causes des accidents et des maladies professionnelles. Au cours de mes études en faculté on ne m'a pas appris à considérer le malade comme un être humain au milieu de ses conditions de vie et de travail. Au contraire, on l'isole de sa vie active pour mieux le décortiquer : à l'hôpital plus qu 'un numéro. On nous apprend à voir, soigner un organe, un foie, un " bel ulcère de l'estomac ", une " belle tuberculose pulmonaire ".
    On nous apprend certes à soulager, " calmer ", réparer, jamais à remettre en cause l'organisation capitaliste du travail et de la vie qui use prématurément l'ouvrier, le fatigue et provoque infarctus, ulcères, dépressions...    
    l'ouvrier est une ficelle que l'on brûle par les 2 bouts, par ses conditions de vie et de travail.

- Yves : Toute la formation médicale que nous avons reçue est curative et non préventive, et le médecin du travail, qui n'a pas le droit, à l'usine, de prescrire et traiter comme les médecins de ville, ceci pour ne pas leur faire de concurrence, est le médecin de " l'impuissance ".

- Martine : En effet, le médecin du travail est au nud de la contradiction productivité/sécurité ; il est engagé sous contrat résiliable tous les 3 mois, payé par le patron et, selon la loi, doit passer 1/3 du temps à parcourir les lieux de travail, déterminer les risques et prévenir les accidents et maladies professionnelles.

    Or, prévenir, c'est remettre en cause le salaire au rendement, les cadences, le profit, c'est toucher à la productivité. S'il prévient trop souvent les ouvriers des risques encourus par les conditions de travail, il risque d'être rapidement remplacé par un médecin plus compréhensif du point de vue du patron.

- Yves : Selon la loi le médecin ne peut être licencié qu'avec l'accord du comité d'entreprise (qui comprend le patron et une délégation du personnel élue au scrutin secret). Mais l'exemple du médecin du travail chez Simca l'a montré, il est très facile au patron de licencier un " subordonné " gênant qui devra pour se défendre engager une longue et chère procédure. En somme la loi est bien faite : le médecin du travail est au service du patron et non pas des ouvriers.

- FR. : Qu'avez-vous appris en un an d'études de " médecin du travail ? ".

- Martine : Des masses de cours théoriques décrivant les maladies professionnelles et leurs conséquences, des textes de lois... Des contacts sur le terrain avec les ouvriers, une fois et il faut voir de quelle manière : il y avait une visite d'usine par étudiant dans le programme de l'année. J'ai pour ma part visité la manufacture de Sèvres avec 20 étudiants. Le médecin du travail de l'usine était absent, le sous-directeur nous a présenté l'usine et le mode de fabrication des pièces de porcelaine en signalant fièrement " Nous avons même des cas de silicose parmi les ouvriers ".

    " Bien organisée " la visite de l'usine a commencé par les ateliers les moins pénibles et en fin d'après midi il était trop tard pour voir les ouvriers travailler devant les fours, dans les ateliers de triage et de concassage des pierres, nous avons tout de même visité les ateliers vides d'ouvriers, dont le sol avait été abondamment arrosé, ce qui n'empêchait pas l'atmosphère d'être saturée de poussière et de piquer la gorge des visiteurs. C'était, avec une promenade dans un centre " modèle " de formation professionnelle pour adultes, les seuls contacts avec les conditions réelles de travail des ouvriers en une année de préparation à la médecine du travail.

- FR. : Quelle est la position des révisionnistes en ce qui concerne la médecine du travail ? ".

- Martine : C'est Ambroise Croizat qui a fixé à la Libération le rôle du médecin du travail en même temps qu'il se faisait tristement connaître des mineurs en instaurant dans les Houillères le salaire au rendement. De là vient l'orientation de la médecine du travail basée sur " retroussez vos manches et augmentez la productivité ".

- Yves : Il est intéressant de rappeler les conseils du Pr. Desoille, révisionniste, fervent admirateur de Croizat, nommé par lui, et directeur depuis 1949 de la chaire de médecine du travail au niveau national : il insiste sur l'importance d'adapter le travail à l'homme, améliorer les conditions de travail en étudiant les gestes les moins fatigant et les plus automatiques pour reposer le cerveau de l'ouvrier, " améliorer les conditions de travail est profitable à tous car il s'en suit une amélioration du rendement et une économie ". C'est lui qui conseille des améliorations faciles et peu coûteuses : " Dans un atelier quelques ouvriers utilisent un produit toxique à évaporation rapide, ne peut-on pas par une cloison préserver du moins leurs voisins ? ".

- Martine : La logique de leur position c'est d'augmenter la rentabilité sans remettre un seul instant en cause la société capitaliste et l'exploitation des travailleurs.
    Nous viendrons témoigner aux Assises sur les accidents du travail et les maladies professionnelles, apporter nos connaissances, mais surtout nous viendrons nous instruire auprès des travailleurs, des syndicalistes, des mineurs, pour apprendre à défendre leurs véritables intérêts.

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