FRONT ROUGE n°158 -29 mai 1975- hebdomadaire
organe central du
Parti Communiste Révolutionnaire (m.l.)
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APRES TRENTE ANNEES DE GUERRE DU PEUPLE LES MASSES IMPOSENT PARTOUT LEUR VOLONTE

    "Nos troupes sont entrées dans /es villes de Pakse, Savannakhet, Thakket avec l'accord du gouvernement et à la demande des forces armées loyales, qui craignent de n'être pas assez fortes si la droite réfugiée en Thaïlande tente une action de force ", a déclaré, le 20 mai, Phoumi Vongvichit, vice-premier ministre, secrétaire général du Front Patriotique Lao.

    A Savannakhet, surchargés de fleurs, les chars et les camions des forces patriotiques sont entrés dans la ville, accompagnés des troupes de l'armée de Vientiane venues les accueillir. Tout le long de la route et dans la ville, la population a acclamé les troupes de libération, leur faisant une véritable escorte populaire de paysans, de jeunes qui chantaient des chants patriotiques.

    Ainsi fusionnent les deux grandes forces qui sont en train d'achever la libération du Laos après trente ans de guerre du peuple contre le colonialisme et le néo-colonialisme : les forces armées populaires qui puisent leur puissance dans les zones libérées, et les masses de la zone contrôlée par Vientiane.

L'EFFONDREMENT DE LA POLITIQUE US :
LA DROITE CHASSEE DE SES BASTIONS

    L'impérialisme américain est chassé par d'immenses et profonds mouvements de masse. Les fonctionnaires de l'US-AID sont séquestrés dans leurs bâtiments à Vientiane, jusqu'à la dissolution de cet organisme, l'un des pivots de l'agression US au Laos, comme au Vietnam. A Savannakhet, ils ont été relâchés après la neutralisation de la ville et obligés de quitter le pays.
    Les forces de droite ont perdu leurs positions au sein du gouvernement, ayant été obligées de démissionner, notamment du ministère de la défense, dont l'intérim est assuré par le secrétaire d'état, le général Khan Ouane Boupha, membre du Front Patriotique. Maintenant, les forces de droite perdent leurs bases territoriales, bastions pour leurs complots.
    A Savannakhet régnait par la terreur le prince Boun Oum, le véritable chef de la droite. Il s'emparait des terres, organisait le trafic de bois avec la Thaïlande, pillant ainsi les richesses du Laos avec la protection des impérialistes. Jamais les masses n'avaient bénéficié d'aucune liberté, toute manifestation était réprimée dans le sang.
    Fief de Boun Oum, Savannakhet avait servi de base à la préparation de complots contre les gouvernements de coalition qui ont existé à deux reprises au Laos.

    Pour les masses de Savannakhet, pour tout le Laos, c'est une double libération, libération de l'impérialisme US et libération de la dictature des clans de droite et des chefs féodaux qui se partageaient et se disputaient les postes dans l'administration de Vientiane et les faveurs de l'impérialisme américain.

    La force qui balaie l'impérialisme et ses valets, c'est la volonté des masses populaires, de toute la population du Laos, de réaliser la paix, la concorde nationale et l'indépendance. Jusque dans les forces armées de la partie de Vientiane, la politique de division sur laquelle reposait l'agression US avec l'aide de la droite, est combattue vigoureusement comme le montre la déclaration des forces aériennes.
    Cependant, même contraints de reculer, les impérialistes américains peuvent nourrir l'espoir de conserver des positions aux Laos, en cherchant des hommes prêts à faire leur politique. La réalisation de ces espoirs devient de jour en jour plus aléatoire, au fur et à mesure que les masses populaires imposent de plus en plus massivement leur volonté partout.
    Quelques semaines après la victoire complète des peuples vietnamien et cambodgien, le peuple lao réunit les conditions pour remporter à son tour la victoire complète, dans des conditions profondément originales, mais en suivant la même voie de lutte populaire, politique et militaire, sans compromis, contre l'impérialisme américain.

G. CARRAT.


Déclaration des officiers et soldats de l'armée de l'air

    Les officiers et soldat sont unanimes à se soulever contre les autorités supérieures, spécialement le général Bouathong Photi Vongsa (1), qui travaille contre la paix et la concorde nationale. Ce général refuse de collaborer avec le Comité Militaire Mixte (2) pour assurer la sécurité dans les bases aériennes, militaires. Il a semé la division dans les forces aériennes en réprimant ceux qui défendent la paix. Il s'obstine dans l'attitude perfide des valets du néo-colonialisme, arrogant, il n'écoute pas la voix des masses. Il a ordonné le transfert des avions hors de la base de Vientiane pour préparer des activités suspectes. Il prend des mesures disciplinaires qui ne sont pas conformes aux circonstances actuelles.
1. - Démission sans condition de Bouathong Photi Vongsa.
2. - Choix d'autres officiers plus aptes dans la situation actuelle.
3. - Mise de l'armée de terre sous le commandement direct du ministère de la défense.
4. - Participation des officiers de l'armée de l'air au travail de l'Etat-Major Mixte.
5. - Que le gouvernement d'Union nationale garantisse la sécurité des protestataires dont les noms suivent (18 colonels de l'armée de l'air).
    Les officiers et soldats de l'armée de l'air demandent l'intervention du gouvernement et du général Khan Ouane Boupha (3), ministre de la défense nationale pour qu'ils répondent positivement à ces exigences.
    Si ces exigences ne sont pas satisfaites nous continuerons à protester.

(Traduction non officielle, sous notre responsabilité)

Notes :
(1) Bouathong Pholi Vongsa, chef de l'armée de l'air, comploteur de droite a dû démissionner.
(2) Le Comité Militaire Mixte mis en place en application des accords de Vientiane chargé de coordonner les activités des troupes des deux armées dans les zones neutralisées.
(3) Khan Ouane Boupha, ministre par intérim à la suite de la démission du titulaire de droite, membre du Front Patriotique Lao.

Le 5 avril 1974, la population de Vientiane accueille Souphanouvong, président du Front Patriotique Lao.

A THAKKETT, l'esprit de résistance du peuple lao

    A Thakket, l'enthousiasme des masses à l'arrivée des troupes révolutionnaires venait aussi du passé héroïque de la ville, martyre de la lutte contre l'impérialisme français. En 1945, Thakket était le cur du soulèvement patriotique. En 1946, les colonialistes français déclenchèrent un gigantesque massacre, assassinant des milliers d'habitants, espérant assassiner l'esprit de lutte du peuple lao. Tous ceux qui se trouvaient sur le chemin des troupes françaises étaient tués, hommes, femmes, vieillards et enfants. Les abris souterrains où se protégeaient les femmes et les enfants étaient arrosés de grenades. Morts et blessés étaient jetés dans le Mékong. Les habitants de Savannakhet, à plus de cent kilomètres en aval, se souviennent encore des milliers de cadavres et leurs frères qu'ils ont vu pendant des jours flotter sur le fleuve.
    L'esprit de résistance des martyrs de Thakket est resté vivant dans la ville. En se soulevant en janvier contre les chefs militaires, véritables despotes locaux, ils ont montré à toute la population sous domination de la droite, la voie à suivre pour la libération totale.
    C'est cet esprit de résistance indomptable qui a brisé l'agression US, c'est lui qui a poussé les masses, au Laos comme au Vietnam, à s'emparer de la politique de réconciliation nationale pour triompher définitivement de l'impérialisme US.


LA LIBERATION DE PHNOM-PENH : 2 coopérants témoignent

    Nous avons rencontré des coopérants français, professeurs à l'université de Phnom Penh, qui sont revenus en France après la libération de Phnom Penh, et militent dans l'association France-Cambodge. Enthousiasmés par la lutte de libération et la révolution cambodgienne, ils sont profondément révoltés par la campagne de calomnies contre le peuple cambodgien développée par les journaux, la télé, la radio. Dès leur arrivée à Paris, ils avaient témoigné pour faire pièce à cette campagne. Aujourd'hui ils poursuivent leur dénonciation de la campagne contre-révolutionnaire contre le peuple cambodgien.

    Quelles étaient les conditions de vie à Phnom Penh avant la libération ?

    La vie était précaire pour tout le peuple de Phnom Penh, tandis que les profiteurs de guerre, généraux et commerçants qui profitaient des marines US et de la misère du peuple, se remplissaient les poches, les conditions de réfugiés étaient catastrophiques.
    A l'Hôtel Cambodiana, hôtel ultra-moderne construit par Sihanouk et transformé en camp de concentration, 3 à 4000 réfugiés étaient entassés, nourris d'hormones, vivant dans des conditions sanitaires épouvantables, sans avoir le choix de sortir de l'hôtel. C'était une véritable extermination de la population cambodgienne : ces " réfugiés " n'avaient plus aucun ressort, avaient perdu toute dignité humaine. Ils ne pouvaient survivre que de la nourriture fournie par les organisations de charité américaines, qui sont un instrument du département d'Etat US : elles maintiennent les réfugiés sur place.
    Les Américains menaient ainsi une véritable guerre contre la population, notamment en utilisant les réfugiés comme boucliers humains : pendant les combats, ils étaient maintenus aux portes de la ville afin qu'ils prennent les coups, protégeant ainsi l'armée de Lon Nol.

    Comment la population a-t-elle participé à la libération de Phnom Penh ?

    A la fac de sciences, où nous habitions, dans les 20 derniers jours, des groupes militaires se sont constitués et on peut affirmer qu'ils ont combattu durement ; ils ont aidé le front ouest de manière importante, tant sur le plan militaire qu'en ralliant des hommes de Lon Nol. Le commandant en chef de la base marine de Phnom Penh est venu leur apporter dans une jeep tous ses appareils électroniques de commandement et leur avait même promis des camions d'armes, qui n'ont pas eu le temps d'arriver.
    Ces groupes n'avaient rien à voir avec les bandes de voyous qui ont essayé de semer la confusion juste avant l'arrivée des Forces Armées Populaires, et qui ont tenté de s'emparer du pouvoir en arborant un drapeau scout et qu'une grande partie de la presse a présentés comme les libérateurs de Phnom Penh.

    Comment étaient-ils traités par le GRUNK ?

    Nous avons recueilli quelques jours avant la libération de la ville un lieutenant de l'armée de Lon Nol. Il était mort de peur. Je n'ai jamais vu quelqu'un d'aussi effrayé ; parce que la propagande de Lon Nol était très importante, il craignait des représailles très violentes. Quand les combats ont été terminés que nous avons entendu le gardien de l'immeuble crier " bravo, bravo " il est sorti, il a vu les maquisards, il a vu qu'on ne lui voulait pas de mal. Ils lui ont demandé de rejoindre la zone libérée, il est parti. Je l'ai revu le lendemain, il était venu chercher des casseroles, puis un autre jour pour chercher autre chose, puis je ne l'ai plus vu mais il était très content.

    C'est ainsi que se passait l'évacuation de la ville ?

    Oui, les maquisards demandaient aux gens de partir pour des raisons de sécurité, parce qu'on voulait nettoyer la ville, mais jamais on ne les forçait. Les gens partaient, marchaient à leur rythme s'arrêtaient à leur convenance. Ceux qui voulaient revenir à Phnom Penh chercher quelque chose, le pouvaient. L'évacuation de la ville s'est passée dans des conditions extraordinaires qui expliquent notre enthousiasme. Il n'y a eu aucune violence, mais c'était une mesure nécessaire : Phnom Penh vivait grâce à l'aide US qui n'arrivait plus depuis janvier. Le meilleur moyen pour assurer la subsistance de ces centaines de milliers d'hommes était de leur demander de produire, de mettre en valeur les rizières, alors que les laisser à ne rien faire dans Phnom Penh ce n'était pas très sain, ce n'était pas ce qui donnait un élan national.

    La presse bourgeoise fait grand tapage sur l'évacuation des blessés...

    Oui, on a même parlé de 25.000 malades évacués, ce qui est peu vraisemblable vu que les capacités d'hospitalisation de Phnom Penh sont de 5 à 6000 lits. Il est vrai que les hôpitaux ont été évacués, mais les hôpitaux de Phnom Penh étaient de véritables camps d'extermination. Les conditions étaient tellement horribles qu'il n'était pas possible de les visiter et de faire des photos, même les surs de charité US n'avaient pas le droit d'y pénétrer. Celui qui n'avait pas les moyens de payer mourait. Je connaissais le frère d'un étudiant qui avait été accidenté ; il n'avait pas d'argent sur lui, il est mort d'une hémorragie sans que personne ne s'occupe de lui. De même les soldats étaient mutilés sans vergogne pour la moindre blessure. Les conditions d'aseptie étaient nulles. Les hôpitaux de Phnom Penh étaient un véritable danger où une épidémie pouvait toujours se déclarer, alors qu'à 10 km de Phnom Penh, il y avait des hôpitaux de campagne du front, beaucoup plus sûrs. Quant à l'hôpital Calmette, c'était l'équivalent de l'hôpital Rothschild en France, seuls y allaient les très riches.

    Qui se trouvait à l'ambassade de France ?

    En dehors du vice-consul et du personnel, il y avait un ramassis d'anti-communistes, tant mercenaires qui avaient combattu avec les troupes de Lon Nol, que des patrons d'entreprises ou de plantations. Il y avait également quelques vieux résidents qui étaient restés parce qu'ils trouvaient la vie agréable. Et puis des étrangers, des journalistes, des gens de l'ONU, de la croix rouge suisse qui avaient soutenu Lon Nol. Le lendemain de notre arrivée sont venus le gardien de l'ambassade de RDA, puis les diplomates soviétiques, non pas enchaînés mais dans une voiture avec une camionnette de victuailles qu'ils ont consommées, installés dans une pièce climatisée.
    Les Français du convoi ne parlaient pas avec les paysans. Leur témoignage n'est pas crédible. On a discuté avec une famille dans un village à 20 km de Udang. Le village était rasé ; il y avait 100 familles. Nous avons demandé où elles étaient, on nous a dit que tout le village était dispersé sous les boquetaux pour échapper aux bombardements. Ainsi il y avait 1000 habitants alors que nous avions l'impression qu'il n'y avait personne. Et les Français disaient que le village était " désolé ". Nous nous sommes promenés aux alentours du village et nous avons vu les travaux. Ils avaient démonté la voie de chemin de fer qui n'était plus utilisée pour faire des ponts sur les pistes. Mais le ballaste et les traverses étaient soigneusement conservés : il suffisait de remettre des rails pour que la voie ferrée fonctionne de nouveau. Dans les champs, les paysans construisaient des canaux. Beaucoup de femmes travaillaient car les hommes étaient au front. Des bonzes également alors qu'ils ne travaillaient pas à Phnom Penh. On nous a dit qu'ils travaillaient quelques heures par jour pour donner l'exemple. Les travaux entrepris sont immenses : de grands canaux sont construits pour aller chercher l'eau très loin. Mais les gens travaillent décontractés, lorsque nous passions ils venaient discuter avec nous, ils nous expliquaient comment ça se passait sous les bombes. Les Cambodgiens que nous avons vus étaient des Cambodgiens comme ils étaient avant la guerre, avec la conscience politique en plus. Ils nous ont dit qu'il fallait dire la vérité sur la révolution cambodgienne.

    Ainsi l'embargo des informations ne vient pas des Cambodgiens ?

    Non, il vient des journalistes. Ils ont dit que c'était pour empêcher que des bobards soient dits. Mais envisager des représailles de la part des Cambodgiens était grotesque. Il y avait parmi les Français des crapules célèbres qui avaient aidé Lon Nol ; si les Cambodgiens avaient voulu opérer des représailles légitimes ils l'auraient, pu, ils n'avaient pas besoin des bobards des journaux thaï comme prétexte.
    Quand on a vu ce qu'ils écrivaient dans les journaux thaï ça nous a mis dans une colère noire et nous avons décidé de rompre l'embargo dès notre arrivée à Paris. Il faut tout faire pour briser cette campagne de calomnies. 

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