1967-1977 : PCMLF 10 ans de lutte, 100 affiches

 pages 34 à 55

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suite des années 1969-1973 pages 56 à 73- è

1969 - 1973

A travers des épreuves
 

  D'autres affiches sur d'autres murs... Le PCMLF continue en vérité...
  Celle-là, entre autres, exprime l'orientation des marxistes-léninistes à l'échelle mondiale; collée sur les murs de Clermont-Ferrand, elle date de 1971.
  Les deux super-puissances, Etats-Unis et Union soviétique sont les plus grands exploiteurs et oppresseurs de ce temps ; ce sont les ennemis communs aux peuples du monde.
  Pour les marxistes-léninistes, les choses se font de plus en plus claires. La clique révisionniste de Khrouchtchev a pris le pouvoir en Union soviétique et y a restauré le capitalisme ; là-bas, ce ne sont plus les ouvriers et les paysans qui dirigent, comme au temps de Lénine et de Staline; une "nouvelle bourgeoisie" exploite la classe ouvrière soviétique, réprime les minorités nationales et emprisonne brutalement les opposants. C'est le fascisme, ni plus, ni moins. La politique d'expansion et d'agression a commencé, redevenue capitaliste, l'URSS cherche à dominer le monde. Elle a occupé la Tchécoslovaquie en août 1968 ; sous sa houlette, les chars du Pacte de Varsovie ont tiré sur le peuple tchécoslovaque. Elle a agressé la Chine dans l'île de Tchenpao en 1969.
  Elle a pris solidement pied en Inde, exploite honteusement la Mongolie; elle s'infiltre avec "techniciens", roubles et espions aux quatre coins du globe tout en distillant de splendides déclarations "d'amitié" et de "coopération". Socialiste en paroles, impérialiste dans la réalité !
  Les marxistes-léninistes, durant cette période, examinent l'Union soviétique, étudient les faits internationaux et prennent conscience du caractère fasciste et impérialiste de l'URSS. Les premiers, ils informent, expliquent, argumentent, pour combattre cet ennemi féroce, encore dissimulé car il s'auréole d'un passé glorieux.

  L'impérialisme américain, quant à lui, est chaque jour démasqué davantage. De 1969 à 1973 il s'efforce d'être, comme par le passé, le seul, l'unique super-grand ; il cherche à préserver les positions acquises. Mais en vain. Il se débat désespérément au Vietnam, étend l'agression à toute l'Indochine en 1970, manipule au Moyen-Orient, tente de garantir ses intérêts en Amérique latine; et il reçoit des coups de tous côtés. L'Indochine est un bourbier dont il va sortir isolé, meurtri et diminué.

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  La guerre du peuple se déploie dans l'Indochine entière.

  Le 18 mars 1970, Lon Nol a fait son coup d'état pro-américain à Phnom Penh; quelques semaines plus tard, les yankees ont foulé le sol cambodgien... et bien vite ont pris le chemin du repli. Le 25 avril, des représentants des trois peuples cambodgien, lao et vietnamien unissent leurs volontés et leurs efforts lors d'une Conférence au sommet, tenue en terre chinoise, afin de jeter les impérialistes américains hors d'Indochine.

  "Peuples du monde, unissez-vous pour abattre les agresseurs américains et leurs laquais". Le Président Mao Tsetoung lance cet appel historique le 20 mai 1970, II sera entendu, comme sera comprise et magnifiquement prouvée cette vérité qu'il rappelle alors :
  "Une cause juste bénéficie toujours d'un juste soutien, tandis qu'une cause injuste en trouve peu. Le peuple d'un petit pays triomphera à coup sûr de l'agression d'un grand pays s'il ose se dresser pour la lutte, recourir aux armes et prendre en main le destin de son pays".

  Sur le champ de bataille, les combattants avancent sûrement. Dès septembre 1970, les patriotes du Cambodge ont libéré les deux-tiers de leur pays. En juin 1969, ceux du Vietnam ont créé leur Gouvernement provisoire révolutionnaire du Sud-Vietnam ; en octobre 1971, puis en octobre 1972, leurs offensives prennent une ampleur et une force grandissantes. En février 1973, américains et saïgonnais sont acculés; le cessez-le-feu est signé au Vietnam. Dès lors, Washington s'acharne contre le Cambodge; en mai, jour et nuit, des tonnes et des tonnes d'acier et de napalm sont déversées sur le peuple khmer. Il tient bon.
  En France, les marxistes-léninistes n'ont pas cessé leur soutien. De nombreuses affiches évoquent leurs initiatives : manifestations (1er mars 1969, 15 novembre 1969, 8 mai 1971...), meetings locaux et parisiens (26 février 1971, 31 octobre 1972...). En septembre 1969, "l'Humanité rouge" a rassemblé 1500 personnes pour honorer la mémoire de l'oncle Hô, dirigeant bien-aimé du peuple vietnamien qui vient de disparaître. En 1973, l'effort se porte sur le soutien au Cambodge combattant, lors du meeting du 1er juin à la Mutualité notamment. Les liens fraternels qui unissent les combattants cambodgiens aux marxistes-léninistes français se resserrent plus encore.

  Au Moyen-Orient, les luttes sont ardues. Américains et soviétiques tentent d'imposer leur loi aux peuples et pays arabes : le Résolution 242 du Conseil de Sécurité de l'ONU nie purement et simplement l'existence du peuple palestinien. Celui-ci a cependant relevé fièrement la tête. La Résistance palestinienne s'est considérablement renforcée; les camps de réfugiés sont devenus des camps de résistance et d'espoir. Pour liquider la Résistance, américains, sionistes et réactionnaires jordaniens montent un coup : c'est "septembre noir". A Amman, en septembre 1970, les camps sont pilonnés, les combattants palestiniens assassinés. Le peuple palestinien a besoin de la solidarité internationale.

 

  Cette affiche a été réalisée en 1976.

  Depuis six années déjà, les marxistes-léninistes expriment leur solidarité avec la classe ouvrière et le peuple de Pologne. Le 13 décembre 1970, le dirigeant révisionniste polonais Gomulka augmente les prix de 15 à 60%. C'est la révolte dans les villes du Nord, Gdansk, Gdymia, Sopot ; les chars mitraillent les ouvriers des chantiers navals qui manifestent. Il y a vingt morts et des centaines de blessés parmi les manifestants.

  Après la Tchécoslovaquie... la Pologne. Le voile se déchire alors que plus nombreux sont ceux qui comprennent que "le révisionnisme au pouvoir, c'est la bourgeoisie au pouvoir".

  Le Parti communiste de Pologne marxiste-léniniste, clandestin, a repris le drapeau depuis 1966 et organise la lutte.

  "Vive la juste lutte des peuples des colonies pour leur indépendance". Cette affiche date de 1971. Cette année-là, les peuples de Guyane, de la Réunion, de la Martinique et de la Guadeloupe portent des coups sévères à l'impérialisme français. Le 19 janvier, c'est la grève générale en Guyane. La veille, 20 000 ouvriers agricoles et d'usine se sont mis en grève en Guadeloupe ; des petits planteurs de la canne les ont rejoints. La grève, suivie à 100%, dure de nombreuses semaines. Les CRS et les "képis rouges" répriment férocement; en mars, les ouvriers du bâtiment et les postiers apportent leur appui ; il y a des manifestations à Basse-Terre. Dans cette affaire, le parti révisionniste guadeloupéen se fait le chien de garde du colonialisme mais la lutte contre la misère et l'oppression coloniale grandit. En Martinique, cela bouge aussi. En mai 71, 9 000 manifestants à Fort de France pour la venue de Messmer ; un jeune lycéen de 17 ans, Gérard Nouvet est tué et la colère monte dans l'île. En France, les marxistes-léninistes s'efforcent de briser le mur du silence et d'apporter l'aide maximum aux peuples opprimés par l'impérialisme français.

  Un même sentiment internationaliste les anime pour dénoncer l'intervention française au Tchad. En octobre 70, il y a plus de 2000 soldats français au Tchad; le gouvernement parle de "pacification" et traite le FROLINAT -Front national de libération du Tchad - de "bandits". Un langage de triste mémoire !

  En 1972, une campagne active est menée contre la venue en France de Suharto, bourreau sanglant du peuple indonésien.

  Le 11 septembre 1973, c'est le coup d'état au Chili.
  Les faits sont connus. Le Président Allende est assassiné, une répression sanglante s'abat sur le peuple chilien : 40 000 morts, 2 500 disparus, un million d'exilés... Pendant trois années, le gouvernement d'Unité populaire s'est attaqué à l'impérialisme américain et s'est efforcé de développer une économie nationale indépendante. Ce n'était pas le socialisme pour autant.

  D'aucuns le prétendent et crient à tout-va au succès du passage pacifique au socialisme au Chili : ce sont les révisionnistes chiliens. Ils vantent les mérites "démocratiques" de l'armée chilienne "pas comme les autres", les vertus "démocratiques" de la bourgeoisie chilienne "pas comme les autres". Ils désarment totalement le peuple chilien qui se bat mains nues contre les impérialistes et les fascistes. La thèse du "passage pacifique au socialisme" a conduit tout un peuple à la défaite et au désespoir ; c'est une thèse criminelle. Lors de la scission de 1963, les marxistes-léninistes l'ont combattue farouchement ; dix ans plus tard, le peuple chilien en fait la tragique expérience, pleine d'enseignements pour les peuples du monde entier.
  C'est la CIA qui a préparé le coup d'état en septembre 73. L'URSS de Brejnev n'est pas étrangère à l'affaire ; depuis des mois, elle pousse à la roue pour s'infiltrer dans ce pays-clé en Amérique latine. Septembre 73 au Chili manifeste la rivalité qui oppose les deux super-puissances pour la domination du monde. Deux ans plus tôt, elle a éclaté au grand jour dans l'Océan indien ; en décembre 1971, l'Union soviétique a ouvertement encouragé l'agression indienne contre le Pakistan (guerre du Bengla-Desh). Pakistan, Chili, Soudan... la rivalité s'aiguise entre les deux grands.
  Pour se dédouaner de l'affaire chilienne, les révisionnistes font grand tapage ; il leur faut dissimuler les manúuvres de pénétration soviétique! Eux qui ont semé les sanglantes illusions sur le "passage pacifique au socialisme", se prétendent les meilleurs défenseurs du peuple chilien. En France, leur propagande hypocrite et défaitiste est particulièrement odieuse. On ne saurait alors soutenir le peuple chilien sans dénoncer fermement leur responsabilité; c'est ce que font alors les marxistes-léninistes.

 

  Les choses ont changé au Moyen-Orient depuis 1967. Pour la quatrième fois en quelque vingt ans, les sionistes israéliens agressent les pays arabes voisins; mais ce jour, le 6 octobre 1973, la riposte égyptienne, syrienne et palestinienne survient du tac au tac ; la tactique éclair sioniste a échoué face à des armées efficaces, disciplinées, déterminées à recouvrer les territoires occupés par les israéliens :

"Le Golan aux Syriens
Le Sinaï aux Egyptiens
La Palestine aux Palestiniens"

  Les peuples et les pays arabes ont repris confiance en eux-mêmes. L'état sioniste, création de toute pièce de l'impérialisme destinée à garder prise sur le Moyen-Orient, sa position stratégique et son pétrole, n'est pas invulnérable. C'est la première leçon de la "guerre d'octobre".
  C'est une gifle pour les deux super-puissances qui inspirent et soutiennent Israël. L'une lui envoie des dollars : 36 milliards de 1948 à 68, autrement dit 1400 dollars par an et par habitant. L'autre la fournit en immigrants juifs. Toutes deux comptent bien sur l'état sioniste pour maintenir la situation de "ni guerre, ni paix" au Moyen-Orient qui convient tout à fait à leurs intérêts : dans cette situation de tension permanente, l'une et l'autre ne peuvent-elles pas se disputer à l'aise les sphères d'influence, les ressources pétrolières et les bases stratégiques ? Le 6 octobre 1973 démolit leurs plans; il leur faudra multiplier les manúuvres et les pressions pour revenir à la situation antérieure ; Brejnev refuse des armes offensives et des pièces de rechange, exige un paiement cash des pays arabes. Le cessez-le-feu est signé le 22 octobre. Dans cette affaire, les deux super-puissances ont révélé leur jeu impérialiste, celui de deux gangs de racketteurs qui pillent, rançonnent, contrôlent le plus grand nombre possible, luttent à mort pour l'hégémonie ... mais font le "front des gangs" si leur racket est menacé.
  Octobre 73 les a menacées : c'est aux peuples arabes de décider de leur destin ; ils le savent désormais et en définitive le dernier mot leur appartient.
  A preuve, la solidarité concrète que manifestent les pays arabes producteurs et exportateurs de pétrole à cette occasion. Ils décident d'un commun accord de réduire de 5% leurs exportations de pétrole... tant que les légitimes exigences de leurs frères ne sont pas respectées; ils relèvent les prix maintenus ridiculement bas par les trusts pétroliers depuis vingt ans. Eux aussi éprouvent leur force et leur unité ; eux aussi entendent disposer pleinement de leurs richesses nationales. En Europe, qui achète 60% de son pétrole au Moyen-Orient, c'est "la crise du pétrole" : aux Pays-Bas, on circule à bicyclette le dimanche, on éteint les néons le soir et on baisse le chauffage ! Et la presse réactionnaire occidentale s'en prend fébrilement aux pays arabes ; on ne peut donc plus les exploiter en paix !
  Quelque chose a changé dans le monde en effet. La grande voix des pays pauvres se fait entendre dans l'arène internationale; en septembre 1973, 75 pays se sont retrouvés à Alger pour la IVe Conférence au sommet des pays non-alignés. Nombre d'entre eux, en termes clairs et vigoureux, ont manifesté leur volonté de disposer pleinement et librement de leurs richesses nationales. Un courant irrésistible anime les peuples et les pays du tiers-monde pour s'opposer à l'impérialisme et à la volonté d'hégémonie des deux super-puissances. A Alger, Fidel Castro a parlé des bienfaits de l'URSS pour le compte de Brejnev, il s'est trouvé isolé. Le tiers-monde grandit en force, en unité et en conscience; il est la force motrice principale dans le combat contre l'impérialisme et l'hégémonie des deux super-puissances, pour la révolution mondiale.
  En France, en octobre 1973, les choses ont changé elles aussi. La cause des peuples palestinien et arabes est mieux comprise et plus largement soutenue; le 11 octobre, puis le 26 octobre, rassemblent nombre de leurs amis dans les rues de Paris ; de nombreuses initiatives locales sont prises. Les marxistes-léninistes y sont très actifs; le 12 octobre, "l'Humanité rouge" organise un meeting de solidarité à la Mutualité.

  L'usine-poing levé : c'est le beau symbole de 1968 que reprend cette affiche. Nous y avons ajouté deux de nos mots d'ordre :

"Unité à la base et dans l'action
Classe contre classe"

  Que signifie classe contre classe, mot d'ordre défini en 1927 par le Parti communiste français ? Il indique la contradiction fondamentale de notre société, classe ouvrière contre bourgeoisie, classe ouvrière contre classe capitaliste. De l'aiguisement de cette contradiction naîtront la révolution prolétarienne et l'instauration du socialisme dans notre pays; il n'y a pas d'étape intermédiaire. "La mission historique de la classe ouvrière, c'est de conduire à la révolution non seulement les travailleurs mais aussi les petits-bourgeois et les paysans ayant intérêt à la destruction du système et de l'Etat capitalistes. Mais dans cette voie il ne peut pas y avoir d'autre classe dirigeante que la classe ouvrière". (Arracher la classe ouvrière, page 407).

  La classe ouvrière est la force principale; et la force dirigeante de notre révolution.
  Encore faut-il réaliser son unité de classe, autour de son parti. Le parti révisionniste détient une influence certaine sur la classe ouvrière il la divise, oppose OS et OP, français et immigrés, hommes et femmes, jeunes et moins jeunes... Aussi la ligne "classe contre classe" exige-t-elle que soit réalisée "l'unité à la base et dans l'action" des travailleurs. "Dans l'action" contre les patrons et leur état capitaliste, "à la base" contre les manúuvres des dirigeants embourgeoisés infiltrés dans les rangs ouvriers.
  "La tactique du front unique classe contre classe consiste à faire passer la ligne de démarcation entre les communistes marxistes-léninistes unis à tous les ouvriers acceptant la lutte de classe conséquente, membres ou non de la CGT et du P"C"F d'une part, et la bourgeoisie comprenant ses commis infiltrés au sein de la classe ouvrière, les dirigeants révisionnistes du P"C"F et de la CGT d'autre part.

  Voilà pourquoi les marxistes-léninistes soutiennent tout responsable ou militant CGT où membre du P"C"F quand il développe et poursuit une action sous le signe de la lutte de classe. Voilà pourquoi les marxistes-léninistes démasquent sans ambiguïté tout responsable ou militant CGT ou membre du P"C"F quand il pratique la collaboration de classe". (Arracher la classe ouvrière, pages 405 - 406).

"Unité à la base et dans l'action"
"Classe contre classe".

concluent la brochure du camarade Jacques Jurquet intitulée "Classe contre classe", publiée en décembre 1971 (cf " Arracher la classe ouvrière au révisionnisme", page 396). Cette brochure a été rédigée après la Conférence nationale d'édification prolétarienne organisée le 12 juin 1971 par le PCMLF, dont nous savons qu'elle a réaffirmé avec force la nécessité vitale de l'édification du parti du prolétariat au coeur même de la classe ouvrière, au sein des entreprises, par l'intermédiaire de ses cellules d'entreprises.
  Dans bien des entreprises, au cours de bien des luttes, ouvriers et ouvrières, français et immigrés, nos compagnons de travail et de combat, se sont emparés de ces mots d'ordre qui font merveille s'ils sont appliqués avec justesse et détermination.

 

  On retrouve ces mêmes mots d'ordre au cours des grèves qui ponctuent les années 69, 70 et 71. Faut-il en rappeler quelques unes : grève à Peugeot Sochaux, occupation des Câbles, grève à Vitho St Ouen, à la CAFL de Saint Chamond, des traminots de Marseille, à la CIFTE, aux blanchisseries de Grenelle, à Batignolles-Nantes...
  Autant de luttes... autant d'affiches. En voici quatre :
-- en février 1970, seize mineurs sont tués par un coup de grisou, à Fouquières-les-Lens; c'est le capitalisme qui a tué, comme il tue quotidiennement les mineurs atteints de silicose, les gars du bâtiment sur les chantiers, tous ceux qui sont exténués de labeur. Le gouvernement a dépêché ses ministres et ses évêques pour les obsèques... et aussi ses flics car il craint la colère des "gueules noires" ;
-- en 1971, les travailleurs du Mammouth d'Aubière, soutenus par les marxistes-léninistes, appellent à la solidarité populaire : cadences infernales pour les caissières, instabilité de l'emploi pour les manutentionnaires et salaires de misère. Un travailleur est licencié en septembre ; c'est la grève. Elle échoue assez vite mais tout n'est pas négatif : c'était la première grève et la combativité n'est pas brisée;
-- en 1972, toujours à Clermont-Ferrand, les ouvriers "occupent" à la SCPC, alors que les dirigeants révisionnistes s'efforcent de briser leur combat, calomnient la grève et sabotent la solidarité financière, à Michelin notamment.
-- Les marxistes-léninistes participent aux batailles pour les logements des travailleurs. En 1970 et 1971, dans une cité dortoir du nord de Marseille, au parc Kallisté, 1500 habitants, ménagères, ouvriers, étudiants et lycéens se mobilisent contre les expulsions et pour la construction d'une école.

  Le 28 février 1972, l'ouvrier Pierre Overney est assassiné, de sang froid, par balles, par un responsable des milices patronales de Renault, André Tramoni. Il diffusait des tracts devant l'usine de Boulogne-Billancourt.
  Pierre Overney : fils d'ouvriers agricoles, il entre en apprentissage à l'âge de 14 ans. Il travaille chez Citroën, puis à Renault, d'où il est licencié en juin 1970 pour activités "maoïstes" ! C'est un ouvrier combatif, un ouvrier révolutionnaire.
  Son assassin, André Tramoni, a été chef des services de sécurité au Ministère de l'Intérieur de 1956 à 58, puis a fait partie des troupes de choc de Massu. Il est membre du SAC depuis 1956.
  Une vague de colère soulève aussitôt la classe ouvrière. Le 4 mars, nous sommes 200 000 dans la rue pour les obsèques de Pierrot Overney. On n'avait plus vu cela depuis mai 1968. La foule est compacte, tendue, profondément atteinte par cet assassinat : Pierre Overney symbolise ses espoirs et ses luttes que la grande peur des possédants tente de briser brutalement depuis 1968.
  La foule est indignée de l'attitude des dirigeants du parti communiste français : "Marchais menteur, complice des tueurs", s'écrie-t-elle à mainte reprise. Marchais n'y est pas allé de main morte en effet ; à Strasbourg, attaquant ouvertement la classe ouvrière et le peuple de notre pays, n'a-t-il pas honteusement déclaré :
  "Est-ce qu'on va recommencera nouveau comme en mai 1968 ? Je réponds non cela ne doit pas recommencer ! ".
  Et d'essayer d'accréditer la thèse de la provocation gauchiste ! C'est un peu fort... alors que chacun a pu voir - de ses yeux - la photo de Tramoni, bras tendu, revolver pointé sur Pierre Overney mains nues ! C'est un peu fort... alors que la répression brutale continue chez Renault : ouvriers licenciés, d'autres maintenus en prison.
  La réplique ouvrière se développe contre les dirigeants révisionnistes dans la rue et aussi dans les syndicats, y compris dans des sections CGT. Une journée nationale est organisée le 17 mars pour contrer la propagande forcenée de la radio et de la télé. A Paris, à Marseille, à Toulouse, dans d'autres grandes villes, nous expliquons, nous manifestons. On ne saurait assassiner l'un des nôtres sans que survienne notre riposte !
  Quelque cinq ans après, Pierre Overney reste vivant au cúur de la classe ouvrière de notre pays. Quand son assassin, vite relâché, est tué au printemps 77, personne, dans les ateliers et les bureaux n'a oublié Pierre Overney et ce pourquoi le capital l'a assassiné.

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(Notes des EP : il s'agit de Jean-Antoine Tramoni et non d'André)

  Le printemps 1972 est un printemps chaud.

  Le 8 février, 200 métallos se mettent en grève chez Girosteel au Bourget. Après 10 semaines, c'est la victoire. "Les ouvriers qui se battent ont toujours raison de le faire" ; c'est la leçon que tire l'assemblée générale des grévistes.

  Le 9 février a commencé aussi la lutte à Pennaroya. Pennaroya, c'est de nombreuses usines et mines de par la France. Pennaroya, c'est, dans l'usine de Lyon notamment, des conditions de travail scandaleuses, aucune hygiène, aucun examen médical, alors que les ouvriers, presque tous immigrés, sont au contact du plomb à longueur de journée. Pennaroya, c'est Rotschild en sous-main ! Les usines de Saint-Denis et de Lyon sont occupées par les travailleurs immigrés unis et décidés. La solidarité populaire, celle des étudiants et des lycéens, celle d'un groupe de médecins, celle des autres boites du trust et de nombreuses usines du pays, vient conforter le combat de ceux de Pennaroya. Là aussi c'est une victoire.

  Le 10 mars, les ouvriers du Joint Français occupent leur usine à Saint-Brieuc ; ils gagnent 30 à 40% de moins que leurs collègues de Bezons, dans la banlieue parisienne. Aussitôt, la lutte se fait dure, unie pour la victoire ; le 17 mars, les gardes mobiles occupent l'usine mais on tient bon à Saint-Brieuc ; les paysans du coin apportent leurs produits pour aider les grévistes; le 18 avril, une manifestation jamais vue à Saint-Brieuc prouve assez que le mot d'ordre :

  "La lutte du Joint est celle de tous les travailleurs", n'est pas un vain mot. Le Joint devient un symbole et un exemple pour d'autres luttes à Paris (Nantes), à Creusot-Loire...

  Les luttes se ressemblent en ce printemps 1972 ; les grèves sont dures et longues : on "occupe", on séquestre les patrons, on va jusqu'au bout pour vaincre. Le plus souvent aussi il y a intervention brutale des CRS et des gardes mobiles, provocation de "jaunes" ou de groupes fascistes. Presque toujours enfin, les dirigeants révisionnistes s'efforcent d'isoler les luttes, s'opposent à la solidarité ouvrière, sabotent les souscriptions de solidarité ("Paris"), calomnient les grévistes "pénétrés d'éléments troubles" (Pennaroya) ; de fait, ils trahissent ceux qu'ils prétendent représenter ! Nombre de ces grèves sont des victoires cependant. Ainsi, la classe ouvrière de notre pays accumule des forces et des expériences, reprend confiance en elle-même, apprend à distinguer ses amis et ses ennemis.

  "Suivons leurs exemples", c'est le mot d'ordre des marxistes-léninistes, largement partagé parmi tous les travailleurs. Pour vaincre, il faut oser se dresser comme à Pennaroya et au Joint, il faut s'organiser dans l'unité de classe, il faut frapper fort, tous ensemble et en même temps ! Le 5 mai, lors d'un meeting sur le thème "Classe contre classe", à Paris, le camarade Jurquet tire ainsi les leçons des derniers mois, dont nombre d'entre elles restent vraies aujourd'hui.

 

  Un an plus tard, à la fin du printemps et à l'été 1973, LIP cristallise un temps la lutte et les espoirs de la classe ouvrière tout entière.
  Le patron LIP a fait faillite et des licenciements sont prévus dans l'usine de Patente à Besançon. L'objectif des ouvriers de Lip est clair : c'est "Non à tout licenciement". Pour gagner, les "Lip", comme on les appelle bientôt, usent de toutes les formes de combat : ils ralentissent les cadences, séquestrent les administrateurs, enlèvent le stock de montres comme "trésor de guerre", occupent l'usine et la remettent en route, puis vendent les montres pour "tenir" le plus longtemps possible. La lutte sera longue en effet, fertile en péripéties et en rebondissements, faite d'efforts tenaces, de victoires certaines et aussi d'espoirs déçus. Elle dure encore aujourd'hui.
  Pendant l'été 73, les "Lip" s'organisent : assemblées générales quotidiennes, répartition des responsabilités par commissions, effort intensif de popularisation. C'est gagné. On vient de toute la France pour voir et pour aider les "Lip". Unité et combativité caractérisent la lutte des "Lip" cet été 73. Ils affrontent les agressions policières, les perquisitions, l'acharnement affirmé de l'état capitaliste; ils se heurtent aussi aux "crocs en jambe" de la direction de la CGT, aux pressions et aux manúuvres révisionnistes.
  Pourtant, le soutien populaire leur est acquis. En septembre, la "marche sur Besançon" réunit 100000 personnes venues sous la pluie et dans le froid, prouver leur solidarité. Il y a là des délégations du Joint Français, de Pennaroya, des paysans du Larzac, de nombreux jeunes venus de partout. Tout cela se tient encore en dehors de la CGT. Les marxistes-léninistes participent activement au soutien des "Lip" : en septembre, il y a un cortège de "l'Humanité rouge" à Besançon; dans leurs entreprises, dans leurs syndicats, les camarades s'emploient à développer et à organiser la solidarité ouvrière.
  Pour autant, jamais, ni à Besançon, ni ailleurs, n'avons-nous cherché à nous approprier cette lutte ni à lui attribuer la vérification de thèses "nouvelles" autogestionnaires ou autres; certains groupes, trotskistes notamment, l'ont fait ; ils ont voulu faire dire à la lutte des Lip leurs propres illusions et leurs propres rêves. Le "Lip" idyllique qu'ils ont construit - parfois galvaudé avec complaisance par la bourgeoisie - n'est pas le véritable "Lip", celui qu'a retenu la classe ouvrière. Car "Lip" y a fait des émules, à Cerisay où les filles de chez Cousseau se sont battues des mois durant pour faire réintégrer l'une d'entre elles, à l'usine Kelton de Besançon et dans bien d'autres entreprises encore.
  Comme "Le Joint" ou "Pennaroya", Lip a montré l'exemple de la lutte résolue, sans concessions, l'exemple de l'unité réalisée de la classe pour l'action. N'est-ce pas là, déjà, une leçon extrêmement importante ?

  

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suite des années 1969-1973 pages 56 à 73- è

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